Microbiote intestinal : et si notre intestin jouait un rôle dans certains troubles neurodéveloppementaux et alimentaires ?

Autisme, TDAH, anorexie… Ces troubles ont des caractéristiques très différentes. Pourtant, une étude publiée en 2025 met en évidence des similitudes étonnantes dans le microbiote intestinal de certains enfants concernés. Une découverte qui vient renforcer l’intérêt scientifique pour l’axe intestin-cerveau.

Notre intestin abrite des milliards de micro-organismes : bactéries, levures et autres micro-organismes qui constituent ce que l’on appelle le microbiote intestinal. Longtemps considéré comme un simple acteur de la digestion, il est aujourd’hui étudié pour son rôle potentiel dans de nombreux mécanismes de l’organisme, notamment immunitaires, métaboliques et neurologiques.

Une récente étude menée par des chercheurs de l’Université Comenius de Bratislava, en Slovaquie, apporte une nouvelle pièce au puzzle. Publiée en 2025 dans Neuroscience, elle s’est intéressée au microbiote d’enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme, un TDAH ou une anorexie mentale.

Et les résultats sont pour le moins intrigants.

Trois troubles différents, des signatures intestinales qui se ressemblent

Pourquoi comparer l’autisme, le TDAH et l’anorexie ?

Ces trois troubles sont très différents dans leurs manifestations et leurs mécanismes. Pourtant, ils peuvent tous être associés, à des degrés divers, à des particularités alimentaires, à des modifications du comportement alimentaire ou à des interactions complexes entre le cerveau, les hormones et le système digestif.

Les chercheurs ont donc analysé les selles de 117 enfants, répartis entre différents groupes de patients et un groupe témoin.

Leur objectif : observer si la composition du microbiote intestinal différait selon les troubles étudiés.

Les résultats montrent notamment une diversité microbienne réduite chez les enfants autistes et ceux présentant un TDAH. Les chercheurs ont également observé des différences dans la composition de certaines grandes familles bactériennes chez les enfants concernés par les différents troubles.

Ces observations ne permettent pas de conclure que le microbiote est à l'origine de ces troubles. Elles montrent en revanche qu'il existe des associations suffisamment intéressantes pour mériter d'être étudiées davantage.

Des bactéries présentes en quantité différente

L'étude ne s'est pas limitée à mesurer la diversité globale du microbiote. Les chercheurs ont également identifié certaines bactéries dont l'abondance variait selon les groupes.

Chez les enfants autistes et ceux présentant un TDAH, les chercheurs ont notamment observé une augmentation du genre Escherichia.

Une présence plus importante de Desulfovibrio a également été relevée chez les enfants présentant un TDAH ou une anorexie.

Chez les enfants anorexiques, certaines autres populations bactériennes, notamment Cyanobacteria et Verrucomicrobiota, étaient davantage représentées.

À l'inverse, certaines bactéries considérées comme intéressantes pour l'équilibre intestinal étaient moins abondantes.

C'est notamment le cas de Faecalibacterium, un groupe de bactéries étudié pour son implication dans la production de métabolites issus de la fermentation et dans les mécanismes liés à l'inflammation intestinale.

Les chercheurs ont également observé une diminution de certaines bactéries appartenant notamment aux Bifidobacterium et aux Actinobacteriota, particulièrement dans le groupe des enfants autistes.

Quand l'intestin communique avec le cerveau

Notre intestin et notre cerveau ne fonctionnent pas indépendamment.

Ils communiquent en permanence par l'intermédiaire du système nerveux, du système immunitaire, des hormones et de nombreuses molécules produites notamment par les micro-organismes intestinaux.

Le microbiote pourrait ainsi influencer certains mécanismes liés à la satiété, à l'appétit, au métabolisme ou encore à l'inflammation.

L'étude s'est notamment intéressée à certaines hormones impliquées dans la régulation de l'appétit, dont le peptide YY (PYY) et la leptine.

Chez certains enfants présentant une anorexie ou un TDAH, les chercheurs ont observé des modifications de ces marqueurs.

Cela ne signifie pas que le microbiote « provoque » directement ces troubles. Mais cela soulève une question intéressante : pourrait-il participer au dialogue complexe entre l'intestin, les hormones et le cerveau ?

Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour le déterminer.

Une nouvelle façon de regarder l'axe intestin-cerveau

Cette étude ouvre une piste de recherche particulièrement intéressante.

Elle rappelle surtout que notre organisme fonctionne comme un ensemble : le cerveau, l'intestin, le système immunitaire, les hormones et le microbiote communiquent en permanence.

Comprendre ces interactions pourrait, à terme, permettre de mieux appréhender certains troubles complexes et d'identifier de nouvelles pistes d'accompagnement.

Le microbiote pourrait bien être une partie de la réponse que la recherche commence seulement à comprendre.

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